» L’accélérateur financier est-il responsable de la grande récession ?

L’accélérateur financier est-il responsable de la grande récession ?

Depuis les années 1970, la globalisation est accompagnée d’une grande transformation des systèmes bancaires et financiers, ce que nous appelons plus communément la mutation financière. En effet, deux types d’initiatives sont à l’origine de cette mutation. La première : privée, venant des pays anglo-saxon, ayant eu un fort impact sur l’accroissement des innovations financières conduites par les institutions financière. La seconde : public, orchestré par les pouvoirs publics, mettant en place de nouvelles réformes, donnant naissance aux « 3D » : déréglementation, décloisonnement et désintermédiation. Les nouvelles réformes avaient pour but de favoriser la libre circulation internationale des capitaux, dans le but d’étendre les marchés, de faciliter leurs accès, notamment pour que les entreprises n’aient plus l’obligation de passer par les intermédiaires traditionnels que sont les banques pour accéder aux marchés des capitaux.

Comme nous pouvons l’observer aujourd’hui, cette mutation financière, a entrainé la standardisation mondial des marchés financiers et leurs interconnections, augmentant alors le rôle de ces derniers dans l’économie.

Dans les faits, les recherches récentes démontrent toutefois que la libéralisation financière est presque toujours associée, tôt ou tard à une crise systémiques sérieuses. La crise de 2007 a entraîné une récession économique mondiale sans précédent défini par nos amis anglo-saxons comme « la grande récession » en référence à « la grande dépression » de 1929. En effet, l’économie mondial connaît une forte contraction de l’activité, touchant alors les pays développé mais aussi les pays en voie de développement, notamment dû à la forte baisse de l’investissement. La crise venant des marchés financiers s’est propagé à l’économie réelle, notamment dû à un catalyseur : l’accélérateur financier.

Nous définirons dans une première partie l’accélérateur financier et son impact sur les agents économiques. Puis dans une seconde partie nous verrons qu’elle en a été son impact sur « la grande récession ».

L’accélérateur financier peut être définit comme un catalyseur

Ayant comme conséquence d’amplifier et de propager l’effet d’un choc financier à l’économie réelle. L’accélérateur financier est un mécanisme à effet boule de neige, si aucune politique économique n’est mise en place. En effet, l’impact négatif d’une crise financière sur la richesse des agents, entraine une baisse de la demande agrégée, de la production nationale mais aussi de la production mondial, ceci entraînant à son tour une baisse de la richesse des agents. L’impact de l’accélérateur financier peut contribuer comme nous l’avons vu à une récession mondiale profonde et durable.

L’accélérateur financier est du à l’existence d’imperfection des systèmes financiers, notamment l’asymétrie d’information entre prêteurs et emprunteurs. Cette asymétrie d’information a un coût. Ce coût est pour la plupart dû à la collecte d’informations et de surveillance des projets à financer. Afin de compenser le coût de l’asymétrie d’information, les intermédiaires financiers demandent le versement d’une prime envers les investisseurs. Lors de la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, ces primes se sont considérablement appréciées, en raison d’une augmentation de l’incertitude entre prêteurs et emprunteurs et notamment entre institutions financières dû à la titrisation des Subprimes augmentant l’asymétrie d’information. L’augmentation de cette prime a entraîné de forts impacts sur les agents économiques que sont les entreprises et les ménages.

Le premier impact de l’augmentation de cette prime, a eu lieu sur les entreprises. En effet, l’accès restreint au marché des capitaux ont obligé les entreprises à baisser leur niveau de production. Les entreprises ont alors été obligées de diminuer leurs investissements engendré par l’aversion au risque des banques à émettre des prêts. Un effet boule de neige est alors apparu entre l’augmentation des défauts de prêts et l’accentuation de la baisse du niveau de production.

Le deuxième impact de l’augmentation de cette prime, a eu lieu sur les ménages. Cet impact est en réalité une conséquence du premier impact. La baisse du niveau globale de production, a malheureusement entraîné une forte augmentation du chômage, ayant directement un impact sur le pouvoir d’achat des ménages et donc sur leur consommation. Ce choc financier pour les ménages a d’autant été plus important via la diminution de leur capacité d’endettement. Nait alors, un cercle vicieux entre baisse du niveau de production, chômage et consommation.

L’accélérateur financier agissant par le canal du crédit explique la propagation d’un choc de la sphère financière à la sphère réelle, amplifiant l’effet du choc par le resserrement du crédit.

L’accélérateur financier et son impact via le canal du crédit sur les entreprises et les ménages, a engendré la propagation du choc financier engendré par les Subprimes de la « sphère Financière » à la « sphère réelle ». Voyons maintenant dans une seconde partie l’impact qu’a eu l’accélérateur financier sur « la grande récession ».

Lors de la crise de 2007, l’investissement s’est fortement contracté. Tellement, que cela a surpris les plus grandes institutions en charge des prévisions conjoncturelles, tel que le Fond Monétaire International, la Banque Mondiale, les Banques Centrales mais aussi des institutions privés. Ces dernières ont du revoir leurs perspectives de croissance à la baisse, notamment lors de la chute de Lehman Brothers, où les tensions sur les marchés étaient les plus élevées. Ces révisions négatives ayant étaient adoptées par les pays développés mais aussi émergents, ont amplifié l’ampleur du choc dans la sphère financière et affecté les capacités de financement des entreprises, ce qui ressemblent sensiblement aux effets de l’accélérateur financier.

En effet, le premier impact de l’accélérateur financier, a lieu sur les entreprises et leur capacité d’investissement. Mais une baisse de l’investissement peut être aussi dû à un surinvestissement initial de l’entreprise.

Les crises peuvent être vu comme des correcteurs d’excès d’investissement. Par exemple avant la crise des .com du premier trimestre 2001 aux Etats-Unis, la bulle spéculative a entraîné une situation de surinvestissement et de surévaluation des actifs boursiers. Il convient alors d’observer cette situation de surinvestissement, par le taux d’investissement des entreprises américaines et européenne avant les phases récessives.

Aux Etats-Unis, entre 2004 et 2007 l’investissement a augmenté considérablement. La chute brutale de l’activité après la faillite de Lehman Brothers a fortement était rectifiée, puisque le taux d’investissement est aujourd’hui sous sa moyenne de long terme à des niveaux historiquement bas. La baisse de ce surinvestissement en formation brut de capital fixe, n’est pas seulement une simple correction mais est aussi une conséquence de l’accélérateur financier. Lors des crises du début des années 1980, de 1990 et de 2001, l’écart entre l’évolution en formation brut de capital fixe et celle de la demande n’a jamais été aussi grand que lors de la crise de 2007. Cela n’est pas une simple correction de l’investissement, mais résulte des effets de l’accélérateur financier, amplifiant le choc de la sphère financière à la sphère réelle, dans un contexte de forte incertitude.

En Europe, la demande a baissé moins fortement que l’investissement en formation brut de capital fixe des entreprises. L’évolution de l’écart entre ces deux variables a comparativement été plus faible qu’aux Etats-Unis. Même si en Allemagne, l’écart entre demande et investissement en FBCF est comparable à celui des Etats-Unis au second trimestre de 2008. Comme aux Etats-Unis cela traduit l’effet de l’accélérateur financier. Au contraire en France, au début de l’année 2007, le taux d’investissement productif se situait nettement au-dessus de sa moyenne après une forte accélération après 2006. Cette accélération est surement le résultat d’un rattrapage et non d’une phase de surinvestissement. Cette phase d’accélération d’investissement s’étalant de 2006 à 2008, empêche de discerner les effets de l’accélérateur financier, bien que l’investissement ait nettement diminué comme dans le reste de la zone européenne ainsi qu’aux Etats-Unis.

L’impact de la crise financière de 2007 a été supérieur aux effets de l’accélérateur financier. En effet, l’ingénierie financière ses dernières décennies, a fortement renforcé la propagation d’un choc de la sphère financière vers la sphère réelle. L’ingénierie financière qui est à l’origine de la crise de 2007, tant dans son déclenchement que dans la récession, a exponentialisé les effets de l’accélérateur financier.

L’accélérateur financier est par définition un catalyseur ayant comme conséquence d’amplifier et de propager l’effet d’un choc financier à l’économie réelle, notamment par le canal du crédit. Nous avons vu que pour les Etats-Unis, l’Allemagne et la France, l’accélérateur financier a eu des effets plus important que lors des précédentes crises. Même si, pour la France, les effets de l’accélérateur financier sont difficiles à cerner entre 2006 et 2008, le taux d’investissement productif se situe aujourd’hui bien en dessous de sa moyenne.

L’ingénierie financière qui est la cause du déclenchement de la crise de 2007 et de sa propagation, a d’autant plus renforcé en réalité l’impact de la faillite de Lehman Brothers de la sphère financière à la sphère réelle via l’accélérateur financier.

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